Interview

ONE LIFE ALL IN (2023) - Groupe (Complet)

Les franco-américains de One Life All-In viennent de sortir un superbe album avec « Eye Of The Storm ». Un disque qui mélange hard-core, punk, rock et metal et consacre le groupe comme l’un des plus audacieux de la scène hard-core hexagonale. Entretien.

« Votre second EP « Letter of Forgiveness » était sorti en plein confinement. »


« Oui au moment du premier confinement, en Avril 2020. Il n’a pas été visible en termes de concerts mais au niveau du streaming ça a bien fonctionné. On a eu pas mal de chroniques et les retours étaient bons. »

« Ce premier album n’arrive que maintenant. J’imagine que c’est bien sûr dû au confinement ? »

« Le confinement a bien évidemment freiné les choses. Notre chanteur est américain. Il était venu à Lyon pour enregistrer les deux premiers EP. Là ce n’était bien sûr pas possible. On a donc décidé d’enregistrer le disque à distance. On a fait toutes les parties instrumentales à Lyon et le chant a été fait à Cleveland. Cela s’est fait assez facilement car les compos étaient prêtes depuis longtemps. »

« Vous êtes un groupe hard-core mais l’album est bien plus qu’un disque de hard-core. »

« Absolument. C’est un choix. On a cherché de nouvelles choses. On essayait déjà d’aller vers plusieurs styles musicaux sur les EP mais c’est encore plus présent sur l’album. On est un groupe de hard-core qui s’ouvre de plus en plus. Nous n’avons pas envie de nous limiter au genre. »

« Vous vous éloignez de plus en plus du new-york hard-core. »

« C’est de moins en moins présent, c’est vrai. Nous avons une autre réflexion depuis un moment. Pourquoi refaire du Madball ou du Sick of it all en moins bien. Cela n’a guère d’intérêt. On a des morceaux qui sortent du cadre du hard-core. On veut développer notre propre personnalité. »

« Vous reprenez « Digging the Grave» de Faith No More sur l’album. Pourquoi FNM et pourquoi ce titre en particulier ? »

« Il y a plusieurs raisons à cela. Nous aimons tous Faith No More dans le groupe. En les reprenant tu fais passer un message, celle d’une liberté artistique totale. Faith No More est un modèle pour nous au niveau de la création artistique. On a pris ce titre car c’est l’un des rares morceaux de FNM où il n’y a pas de clavier. C’est un morceau très connu et c’est un peu casse gueule que de reprendre un titre connu. On a essayé de le faire à notre sauce tout en restant respectueux. »

« Il y a des titres que l’on a guère l’habitude d’entendre sur un album de hard-core comme « War » qui a presque un côté ballade. »

« L’idée de ce morceau est apparue d’un coup. On l’a trouvé hyper intéressante. Nous n’étions pas sûrs de la mettre sur le disque tant c’était différent. J’ai poussé pour que ce titre soit sur l’album. J’aime ce côté décalé. »

«Eye of the Storm » démarre dans un style hard-core plutôt classique avant d’aller vers d’autres choses. »

« Tout à fait. Le premier morceau est un titre plutôt hard-core classique même s’il y a un solo de guitare ce qui est rare dans le hard-core. L’album reflète nos goûts musicaux qui sont très variés. »

« On évoque souvent une influence metal pour ce disque. Je vois celles punk, rock, moins celle metal. »

« Tu as sans doute raison mais elle est quand même là, notamment dans les solos. Et puis au niveau de la batterie, où il y a de la double et des blasts. Le morceau entier ne sera pas metal mais tu trouveras quand même ces éléments. »

« Le disque est assez court. »

« L’époque est au format court. On voulait faire un album qui ne soit pas trop long. Trente cinq minutes c’est bien. On a voulu que le disque soit varié pour éviter l’ennui. Avec des morceaux qui se ressemblent trop tu finis par perdre l’attention. Le morceau le plus court dure 8 secondes, le plus long quatre minutes. On a voulu varier les tempos. »

« Il y a une belle dynamique dans le disque. »

« On s’est un peu pris la tête sur l’ordre des morceaux. On y a passé du temps. L’ordre des morceaux dans un disque est hyper important. »

« Même si vous vous éloignez du hard-core « classique » vous en écoutez encore ? »

« On vient du punk hard-core et on écoute toujours du hard-core. Après on explose les codes du genre. Mettre une guitare acoustique ce n’est pas hard-core et pourtant on le fait. »

« Avec cet album vous pouvez toucher un public qui n’écoute pas du hard-core. Vous aviez cette volonté en enregistrant ce disque ? »

« Non il n’y avait pas cette volonté mais en revanche ce peut être une conséquence. Il y a des mélodies dans le disque qui peuvent effectivement toucher un public non hard-core. »

« Il y a souvent un côté militant dans le hard-core. Vous êtes vegan ? Straight-edge ?”

“ Don est straight-edge. Il écrit les textes. Il est dans un état d’esprit positif. L’engagement est plutôt là-dessus. La pochette du disque peut faire penser aux émeutes qui secouent la France actuellement. Il faut trouver quelque chose auquel se raccrocher. »

« Elle est incroyable cette pochette car elle représente effectivement les émeutes actuelles alors qu’elle a été réalisée bien avant. »

« C’est vrai et du coup elle a une résonnance particulière. Tu vois sur la pochette des émeutiers et des immeubles en flammes et au milieu tu as une lumière blanche qui est la lumière de l’espoir. Cette lumière représente le retour à la sérénité. »

« Vous êtes à Lyon, votre chanteur à Cleveland. C’est gérable ? »

« Super gérable. Il y a vingt, trente ans cela aurait été impossible. On fait nos demos à Lyon, lui son chant à Cleveland. La mondialisation et la technologie permettent de rendre possible des choses qui auparavant ne l’étaient pas. On travaille sur ordi. Cela s’est fait par la force des choses et au final c’est confortable. »

« Vous étiez tous dans des groupes auparavant. Ils existent encore ? »

« Non. Aujourd’hui on se concentre tous à 100 % à One Life All in. »

« Il y a une belle scène punk et hard-core à Lyon. »

« Oui, avec pas mal de groupes et de salles de concerts. Il y a un renouveau hard-core depuis plusieurs années maintenant en France. »

« Votre label, Fast Break ! Records est français ? »

« Non, américain. Il est basé à Philadelphie. Tu trouvais les disques de The Spudmonsters l’ancien groupe de Don sur ce label. »

« Il y a des concerts à venir ? »

« Il y en a deux aux Etats-Unis le jour de la sortie du disque. On prévoit d’autres concerts là-bas pour mi-novembre. Et pour la France et l’Europe nous cherchons une agence de booking. »
 
Critique : Pierre Arnaud
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