Live Report

PRIMORDIAL - SWALLOW THE SUN - ROME - LA MACHINE - Paris - 14/4/2022

 
Organisation : Garmonbozia

Jeudi 14 avril, fin d’après-midi, la Machine du Moulin Rouge se remplit au compte-gouttes pour la très belle affiche de la tournée « Heathen Crusade to Doomsday » de Primordial, accompagné de Swallow the Sun (remplaçant Naglfar qui remplaçait Moonsorrow – tout le monde suit ?) et de Rome.

Et c’est Rome, projet solo du musicien luxembourgeois Jérôme Reuter qui ouvre le bal à 18h15, dans une ambiance intimiste et recueillie. Pour interpréter ses titres neofolk et indus sombres le chanteur et guitariste est accompagné sur scène par un percussionniste et choriste qui alterne entre plusieurs instruments. L’attitude des deux hommes est assez statique et neutre, sans être froide pour autant, ce qui colle totalement au style mélancolique, assez répétitif, lancinant et tournant à la ritournelle du one man band. En fermant les yeux les chansons prennent des allures d’hymnes à chanter sous la pluie, de ballade à fredonner au coin du feu. Un spectateur crie tout seul « Rome ! C’est super de t’avoir à Paris ! Enfin ! », il donne tout ce qu’il a et n’est rejoint par absolument personne dans le public, l’artiste lui jette à peine un regard et boit une gorgée d’eau. La prestation est plutôt introvertie, Jérôme Reuter n’échange pas beaucoup avec le public, mais les titres sont plutôt prenants à condition d’aimer le style – et c’est mon cas – donc même si la prestation est minimaliste elle est plutôt prenante dans son épure. Je regrette un peu que la setlist ait été plus axée sur les anciens albums que sur les derniers en date, car j’avais beaucoup aimé « Parlez-Vous Hate ? » qui n’a pas du tout été abordé, la part belle ayant surtout été faite aux albums « Le ceneri di Heliodoro » et « Masse Mensch Material ». Reuter et le percussionniste furent rejoints par Nemtheanga, le chanteur de Primordial pour une belle interprétation du dernier morceau, « Ächtung, Baby ! »

Setlist : 1) Neue Erinnerung 2) Celine in Jerusalem 3) The Torture Detachment 4) Die Nelke 5) Uropia O Morte 6) One Lion’s Roar 7) Das Feuerordal 8) Who Only Europe Know 9) One Fire 10) Ächtung Baby !

Vous connaissez l’histoire de la nana qui va voir un groupe qui s’appelle littéralement « Avale le Soleil » et qui espère qu’il y aura de la lumière pour les photos ? Non ? Eh bien moi non plus, je savais un peu d’avance à quoi je m’exposais (c’est-à-dire pas aux UV). Le groupe finlandais Swallow the Sun est arrivé cérémonieusement sur scène après une looongue intro d’un morceau enregistré, « The Fight of your Life » (ça met toujours l’ambiance pour démarrer 3 minutes dans la pénombre sur fond de CD). Visuellement le programme fut composé de monochrome bleu, ou rouge, d’obscurité, de flou, et de capuches, histoire de coller au son, doom, death mélo et goth, parsemé de touches black metal : de la lenteur, de la pesanteur, un peu de growl et un soupçon de romantisme pop / FM (dans une veine Draconian, ou Insomnium en moins punchy). Le groupe se compose de 3 Nazgüls encapuchonnés (le chanteur, le bassiste, et le guitariste aka Salt Bae qui semble régulièrement saupoudrer du sel sur le public, la gestuelle récurrente m’amuse), du batteur très loin du public au fond, et d’un autre guitariste qui a son petit ventilateur perso pour agiter ses cheveux, qu’il remouille régulièrement pour faire joli quand il headbangue. Les titres lents et sombres, atmosphériques, mélodiques s’enchaînent de façon fluide, devant un public subjugué, j’apprécie particulièrement l’enchaînement des titres « Firelights » et « Woven into Sorrow », deux chansons issues du dernier album « Moonflowers » que j’aime beaucoup.

C’est toujours un peu amusant de regarder le public conquis par ce genre de concert car le rythme redescendant invariablement après avoir donné l’impression qu’une explosion allait suivre, les fans sont bercés et ont l’air de faire leur meilleure sieste debout et d’être pris dans des rêves agréables (c’est clairement reposant en comparaison de tous les concerts où il faut éviter de se prendre quatre types qui slamment sur le coin du museau, merci le death doom pour le repos bien mérité). Après plusieurs morceaux récents, plus atmo et doux, le chanteur annonce un retour à des titres « old school », avec plus de passages growlés et d’accélérations rythmiques, ce qui redonne un petit coup de fouet à la fosse avant la fin du set. Après 1h15, les Finlandais laissent la place à Primordial.
Setlist : Intro) The Fight of your Life 1) Enemy 2) Rooms and Shadows 3) Falling World 4) Stone Wings 5) The Void 6) New Moon 7) Firelights 8) Woven into Sorrow 9) This House has no Home 10) Descending Winters 11) Swallow (Horror Part 1)

De la musique pieuse se fait entendre pendant le changement de plateau, avec des chœurs masculins, une ambiance de messe et de brouhaha, plutôt rigolo pour attendre the last but not least Primordial. Un élément de set up est arrive avant le chanteur et m’a fait rire : sa bouteille de vin rouge, visiblement un incontournable, il en avait déjà une au Motocultor et je m’étais demandé si c’était pour contourner l’indésirable 8.6 tant décriée, avec laquelle le fest avait établi un partenariat, mais non, on dirait que qui dit concert dit boutanche chez Primordial ! Le groupe arrive sur « Dark Horse on the Wind » et enchaîne avec le puissant « Where Greater Men have fallen », autant dire que ça commence fort. Les Irlandais nous ont préparé une setlist variée et plutôt équitablement répartie entre albums récents et plus anciens, parcourant tout leur répertoire black metal et death mâtiné de touches celtiques, évoquant histoire de l’Irlande du Nord, mythologie, nature, absolu et sublime. Neamtheanga est un vrai showman qui interagit pas mal avec le public, entre ses mimiques surjouées avec une vraie tête de gentil qui transparaît derrière, ses discussions naturelles, il sourit aux gens (entre deux mimes de pendaison pour « To Hell or the Hangman », il faut aimer mais allez comprendre pourquoi, moi je trouve ça convivial) se penche vers les spectateurs, encourageait les manifestations d’enthousiasme, bref un frontman proche de son public, ce qui est très agréable. Il parsème le concert d’anecdotes : « I remember the first time we played in France, it was in 2000, with Immortal. And they fucking hated us. Now an old song for a bunch of fucking old guys ! » L’amabilité à l’Irlandaise les enfants ! Lorsque le chanteur a demandé au public « Give me liberty or death, give me liberty or death, what do you want, liberty or death ? », un spectateur (peut-être le fan de Rome) hurle « DEEEAAATH », le chanteur se marre et lui dédicace la chanson suivante.

22h, alerte rouge, Nemtheanga dos au public et près de la batterie indique à un roadie en coulisses qu’il n’y en a plus, justement, du rouge ! Or la poursuite des incantations nécessite de la boisson en guise d’offrandes aux dieux bien sûr, pour la bonne poursuite du concert des libations sont requises. Le show se poursuit, à la fois théâtral mais authentique, le paradoxe est possible car tout sonne très juste tant les chansons sont incarnées. L’émotion est palpable quand Nemtheanga dédie « The Coffin Ships » à l’Ukraine. Le chanteur a remercié Swallow the Sun, nous a fait applaudir au moins 5 ou 6 fois le batteur, nous a remerciés d’être venus et de ne pas nous êtres lassés malgré les nombreux reports. Le groupe nous a laissés sur les notes du titre « Empire Falls », sans rappel mais après une bonne heure et demie d’un concert d’une grande qualité.

Setlist : Intro) Dark Horse on the Wind 1) Where Greater Men have fallen 2) No Grave Deep enough 3) Nail their tongues 4) The Mouth of Judas 5) Sons of the Morrigan 6) As Rome burns 7) Gods to the Godless 8) Wield Lightning to split the Sun 9) To Hell or the Hangman 10) The Coffin Ships 11) Empire Falls
 
Critique : Elise Diederich
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