Interview

ROZEDALE (2021) - Amandyn et Charlie

Après « Long way to go » en 2017 et « Wide Awake » l’année suivante, Rosedale devenu depuis peu Rozedale nous offre aujourd’hui son troisième album. Un disque qui voit Amandyn et Charlie poursuivre dans la voie du blues qui leur va si bien mais avec un côté plus rock qui montre que le groupe a plus d’une corde à son arc. Entretien.

« Vous aviez 70 dates prévues l’an dernier puis le Covid est arrivé. Cet album est le fruit de cette impossibilité de tourner ? »


« Cela s’est passé presque exactement comme ça. Notre manager qui est également le producteur de l’album nous a appelé pour nous dire il faut faire quelque chose. On a transformé cette situation négative en quelque chose de positif. »

« Vous avez changé le nom du groupe de Rosedale avec un S à Rozedale avec un Z. »

« Rosedale » est une ville du Tennessee où le bluesman Robert Johnson aurait signé son pacte avec le diable. On voulait aussi faire un jeu de mots avec Roses qui est le patronyme d’Amandyn. Et comme Rosedale est cité dans pas mal de titres de Led Zep c’était un bon clin d’œil à nos références. »

« Et ce changement du s au z vient du fait que ce nouvel album change un peu au niveau musical ? »

« Non ce n’est pas la raison. Ce Z c’est le Z de zénitude. On voulait amener un côté plus posé. »

« Vos deux premiers albums sont sortis chez Dixiefrog, un label blues. Celui-ci est un peu moins blues et plus rock. Est-ce que pour cela que vous avez changé de label ? »

« Dixiefrog est orienté blues mais pas seulement. On avait carte blanche là-bas et on aurait pu sortir ce disque chez eux. On s’entend toujours bien avec les gens de Dixiefrog, d’ailleurs. Notre manager nous gère en direct. C’est la raison qui a fait que nous avons changé de label. »

« Ce label est donc celui de votre producteur ? »

« Tout à fait. Il y a eu des groupes comme Trust sur ce label. »

« Comment avez-vous travaillé avec votre producteur-manager pour ce disque ? »

« Celui-ci n’est pas musicien mais a toujours de bonnes idées. Cela nous a aidé d’avoir cette oreille extérieure. D’ordinaire cette oreille extérieure c’est le public mais avec le confinement c’était devenu impossible. On a écrit l’album en Mars-Avril de l’an dernier puis l’avons enregistré en Juin. Lorsque nous sommes allés au Studio ICP à Bruxelles 98% de l’album était écrit. »

« Ce studio est un des meilleurs en Europe. »

« C’est une tuerie. Une vraie caverne d’Ali Baba. Le paradis des musiciens. C’était agréable d’y être. Retrouver un beau cadre, un beau studio, des musiciens après des mois de confinement c’était plus que cool. Chaque personne était investie à fond dans le projet. »

« Tous les titres de l’album sont en anglais sauf « Ce soir je t’aime ». Pourquoi un morceau en français ? »

« On a eu envie de faire ça à ce moment-là. On nous demandait un titre en français en France, bien sûr, mais aussi en Suisse et en Allemagne. On a pensé à Cali avec lequel nous avions joué à Tahiti. Une amitié s’était créée avec lui. On lui a demandé de nous prêter sa plume. »

« Ce titre est un peu différent du reste de l’album. Il a un côté plus chanson. C’est une piste que vous allez explorer dans le futur ? »

« Non. Mais le texte nous a parlé. On aurait pu aborder ce sujet du harcèlement des gamins sur le Net, en anglais mais avoir un morceau en français est quelque chose qui nous plait. »

« Le mix de l’album a été réalisé par Chris Sheldon qui a travaillé avec Radiohead ou Foo Fighters. Comment cela s’est-il passé avec lui ? »

« Il y a eu tout de suite un bon feeling avec Chris. Son intérêt premier n’était pas l’argent mais la musique. C’est un super pro. »

« Vous avez fait un live de Noël. C’était pour compenser la frustration de ne pouvoir jouer live ? »

« Durant le confinement on jouait une demi-heure en direct tous les soirs. On a joué 120 titres au total. Des ambulanciers nous ont remercié en disant que ce moment était leur bonheur du jour. On a eu un tel soutien de la part des gens que l’on a voulu leur rendre la chaleur qu’ils nous avaient apporté. On ne l’a pas sorti en physique mais on le fera peut-être un jour. »

« Vous avez sorti « Ghost for You » comme premier single tiré de l’album. Pourquoi ce choix ? »

« On hésitait entre plusieurs titres. On a eu quelques retours dans le milieu de la musique et « Ghost for you » plaisait bien. Ce morceau a de nombreuses nuances, il est quelque part entre l’ombre et la lumière. Du coup on l’a choisi comme premier single. »

« Vous avez tourné le clip dans le château de François Ier à Cognac. »

« Il y a une légende qui dit qu’il est né à 800 mètres de là, près d’un arbre. On voulait faire un clip avec un fantôme donc il nous fallait un château. »

« Vous avez remporté le prix Cognac Blues Passions 2020. J’imagine que cela a été une satisfaction pour vous ? »

« Forcément. C’est touchant déjà. On a eu le prix l’année où il y a eu le Covid. On jouera là-bas le 9 Juillet prochain. »

« Vous avez un horizon plus clair en ce qui concerne les concerts j’imagine ? »

« On a une grosse tournée à partir d’Octobre avec une date à la Maroquinerie le 23. »

« Vous tournez beaucoup. L’année 2020 sans pouvoir jouer a dû être difficile pour vous. »

« Oui cela a été dur. Heureusement qu’il y a eu ce projet d’album. On ne voyait pas le bout du tunnel. »

« On dit souvent que le troisième album est difficile à aborder. Cela a été le cas pour celui-ci ? »

« Non. Cela s’est passé facilement. On est très contents de ce disque. Nous ne sommes pas enfermés dans la routine. On voulait faire un disque un peu différent de nos deux précédents albums. Nous aimons, à l’instar d’un Robert Plant, les artistes qui se réinventent. »

« L’influence blues est moins évidente sur cet album. Il a un côté plus rock. »

« C’est plus rock, c’est vrai, mais il y a quand même des accords et changements d’accord très blues. C’est le rendu qui est plus rock. Nous sommes très éclectiques musicalement. Le blues est mère de toutes les musiques. »
 
Critique : Pierre Arnaud
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